Dans plusieurs interview, Pascal Amoyel explique avoir découvert qu'en mêlant musique et récits, il pouvait transmettre ses émotions d'une manière nouvelle. Il a été inspiré par son expérience personnelle avec le pianiste Georges Cziffra, qu'il a eu la chance de côtoyer lors de stages et de cours privés. Fasciné par la vie mouvementée de Cziffra, Pascal Amoyel a décidé de rendre hommage à cet artiste qui était bien plus qu'un simple bateleur autodidacte.
Le spectacle "Le Pianiste aux cinquante doigts" raconte l'histoire de Cziffra, de son enfance dans les bidonvilles de Budapest à sa consécration en tant que pianiste renommé. Le titre du spectacle provient du surnom donné à Cziffra dans un bar où il jouait, mettant en avant son exceptionnelle virtuosité.
Dans ce spectacle, il joue un large répertoire incluant Chopin, Liszt, Schumann, Gershwin, Duke Ellington, et même des improvisations. Le spectacle offre une expérience acoustique originale avec l'utilisation d'accessoires spécifiques, tels qu'un archet qui frotte les cordes du piano et une scie musicale. En mélangeant musique et récit, Pascal Amoyel rend hommage à Georges Cziffra et partage sa passion pour cet artiste exceptionnel.
Qui était Georges Cziffra ?
Né dans une famille de musiciens Roms, il révèle dès son plus jeune âge un talent exceptionnel pour la musique. Son père lui donne ses premières leçons de piano, et à seulement 4 ans, il est capable de reproduire à l'oreille ce que joue sa sœur aînée.
À l'âge de 5 ans, il donne son premier concert dans un cirque et intègre à seulement 9 ans l'illustre Académie Franz Liszt de Budapest, où il est formé par Ernst von Dohnanyi. À 13 ans il termine une opérette d'un autre compositeur dans un temps record. Dès ses 16 ans, il entame des tournées à travers l'Europe.
Cependant, la guerre vient perturber sa carrière musicale, le contraignant à interrompre ses études. Capturé successivement par l'armée nationaliste hongroise, les partisans et les Russes, il est capturé. Libéré et démobilisé, il retrouve sa famille et reprend l'étude du piano en 1947 avec György Frenczy. Pour subvenir à ses besoins, il joue dans des bars à Budapest ainsi qu'en Autriche avec son ami Elek Bacsik.
Profondément opposé au régime communiste hongrois, il tente de fuir le pays mais est arrêté pour des raisons politiques de 1950 à 1953. Cette période l'éprouve physiquement, étant soumis à des travaux forcés et développant des douleurs articulaires persistantes.
En 1955, après avoir repris ses concerts, il remporte le Prix Franz Liszt, le Grand Prix de la Virtuosité Pianistique, devenant ainsi le premier musicien à recevoir cette distinction sans être compositeur. Fuyant le régime communiste, il choisit en 1956 de s'exiler en France avec sa famille après un concert à Vienne. Arrivé à Paris, il est chaleureusement accueilli par le public et enregistre en 1957 sa célèbre interprétation des Rhapsodies Hongroises de Liszt, un compositeur qui demeurera cher à son cœur.
Cziffra ne se contente pas seulement d'interpréter les œuvres, il se lance également dans l'arrangement, repoussant les limites du piano à deux mains. Par exemple, avec les Danses Hongroises de Brahms ou l'extrait du Vol du Bourdon issu de l'opéra Les Contes du Tsar Saltan de Rimsky-Korsakov.
Sa personnalité excentrique, ses humeurs affectant parfois ses prestations et son désir de toucher un public plus large lui ont été souvent reprochés. Pourtant, son immense talent et sa virtuosité hors norme l'ont propulsé au premier plan, bien qu'il ait suivi un parcours peu conventionnel pour accéder à la renommée. Incontestablement, il doit être considéré comme l'un des plus grands pianistes du XXe siècle.
En 1966, avec son fils György Jr., il fonde le festival de musique de La Chaise Dieu en Auvergne. Naturalisé français en 1968, il devient Georges Cziffra. En 1974, il crée la Fondation Cziffra pour soutenir de jeunes talents prometteurs.